Prisonnier de tes bras 25

Prisonnier de tes bras, partie 25 : Tachibana

et Épilogue du Tome 4 de Comme un oiseau


Tokyo – Novembre Année 10
(La ligne temporelle calque celle de Comme un oiseau)

Trois véhicules s’immobilisent devant l’entrée du garage souterrain de l’immeuble du siège social de la Société Tachibana, dans le quartier d’affaires.
Shun Tachibana apparaît soudain de nulle part et tapote à la vitre passager de la seconde voiture. Elle se baisse.
— Bonjour, Jin-san, adresse-t-il avec un grand sourire. Je vous ai vus arriver depuis l’accueil. Puis-je ?
Yu acquiesce et l’intermédiaire du Big Red grimpe à côté du visiteur. Shun salue Tran-han et Jérémy.
— Tout le monde est là, il ne manquait plus que vous.
— Votre patron est-il ici ?
— Non, il est retenu en Australie.
— Bien, allons-y.
Jérémy ignore complètement ce qu’ils font ici. Yu n’a pas jugé utile de le lui dire. Qu’importe. Le favori s’étonne cependant qu’ils se rendent dans l’antre de Tachibana, avec lequel Yu n’entretient pas des relations particulièrement bonnes. « Est-on venus récupérer des preuves contre Luon ? L’oyabun serait un allié de poids, c’est sûr… »
Le convoi pénètre dans le bâtiment et descend au premier sous-sol. Tout le monde sort devant l’entrée de service.
Tran-Han et ses hommes n’iront pas plus loin, et le bras droit angoisse un peu de ne pouvoir accompagner son officier dans un lieu aussi dangereux que celui-ci. La réputation de Tachibana n’est pas surfaite, l’homme est redoutable et sûrement le futur Grand Parrain du Japon.
Autant ils connaissent bien Shun, le cousin de ce dernier, qu’ils ont souvent croisé au fil des années ; autant ils n’ont jamais rencontré en personne Tachibana Junichi. Il s’agit d’un rendez-vous sous haute tension.
Trois types se présentent. Le kyôdai Sasakawa, accompagné de son fils Ren et son binôme Kobashi Shotarô, tous deux appartenant au corps d’élite des gardes du corps du clan.
— Enchanté, Jin-sama, s’incline respectueusement Sasakawa père. Soyez les bienvenus à Tachibana-gumi. Mes deux hommes resteront avec les autres. Je m’appelle Sasakawa et je vous accompagnerai moi-même auprès de l’oyabun.
Jin acquiesce docilement.
— Il y a un super restaurant à ramen, un peu plus bas sur le boulevard, si ça les tente, conseille Shun.
Yu et Tran-Han échangent un regard. Rien de plus.
— Seulement deux ? ironise Yu.
— Il va de soi que vous êtes les bienvenus sur le territoire, le temps de cette visite. Nous avons également réservé la salle de détente pour les vôtres.
— Bien, répond-il poliment. Je vous suis, Sasakawa-san. Émy, ordonne-t-il.
Celui-ci est perdu par cette entrée en matière. Il a un mauvais pressentiment, sans qu’il parvienne à mettre le doigt dessus. « Même Yu est bizarre… Pourquoi répète-t-il bien, tout le temps ? »
Cinq jours plus tôt, son maître a reçu un coup de fil qui l’a hautement déstabilisé. Il n’a pas souhaité lui en faire part, il lui a juste annoncé qu’ils se rendaient au Japon. Or ce voyage n’était pas du tout planifié. Il n’est pas non plus en rapport avec le travail. « Alors qu’est-ce qu’on fiche ici ? »
Ils traversent un long couloir et accèdent à ladite salle de repos, vidée de yakuzas, pour l’occasion. Ils atteignent les ascenseurs. Le trio entre dans la cabine et le kyôdai appose son pouce sur un détecteur, ils grimpent directement au onzième étage.
Le palier s’ouvre sur le niveau de la Direction de la société. Une secrétaire les accueille courtoisement, et prévient son patron de leur arrivée. Jérémy scrute autour de lui. « On dirait un immeuble d’affaires tout à fait normal. » Sur la droite, une dizaine de portes de bureau s’alignent autour d’un couloir. « Ça pue le fric ici… »
Sagement derrière Yu, il le suit dans l’un d’eux.
— Bonjour, se manifestent plusieurs voix.
Il garde le regard fixé au sol. Toutefois, au bout de quelques secondes d’un silence inhabituel, il redresse le nez et ose jeter un coup d’œil de l’autre côté de son maître. Il entrevoit alors un groupe de personnes. Lorsque son regard se pose sur les individus sur la droite, il en perdrait la mâchoire. Il croit halluciner. « Ce n’est… pas… possible ! »
Ignorant le protocole, il s’écarte et avance pour se mettre à côté de Yu. Il passe vite d’eux à lui, à plusieurs reprises. Il pose une main tremblante sur son bras.
— Yu… murmure-t-il. Merci.
Il le lâche et se jette en courant dans les bras de ses amis d’enfance, Samuel Boitel-Girard et Camille Dumons.
— Oh, mon Dieu !
Yu a envie de pleurer. Il est heureux de son bonheur, mais accablé par ce qu’il s’apprête à faire.
Jérémy tremble, accroché au cou de Camille.
— Cam, putain… sanglote-t-il. T’es vivant ?
— Je suis là, ricane ce dernier.
— Bah merde alors…
Yu s’avance et vient saluer son hôte dans les règles. Shun leur a servi d’intermédiaire, en vue de cette réunion surréaliste. Ils se parlent pour la première fois.
Jérémy relâche Camille et vient se lover dans les bras de son compagnon.
— Merci, Yu ! Merci !
Yu l’enlace et l’embrasse sur le front. Jérémy s’écarte et essuie ses yeux, fixant ses amis d’enfance proches. Il va reprendre sa place derrière son maître, quand celui-ci lui ordonne.
— Va avec eux.
— Vraiment ? Je peux ?
Il caresse sa joue avec une tendresse triste.
— Oui, je dois m’entretenir avec Tachibana.
Jun intervient à son tour.
— Laissez-moi vous présenter ceux que vous ne connaissez pas encore. Vous reconnaissez sûrement Samuel et son époux Laurent.
— Oui.
Yu s’avance et leur serre la main, habillé d’un léger sourire. Il feint la décontraction, alors qu’il est désespéré.
— Comment allez-vous ?
— Bien, merci, répond Samuel. Laurent est en poste au Japon, depuis quelque temps.
— Vraiment ? La vie au Japon vous plaît-elle ?
— Oui, je m’y suis habitué.
— Jin-san, laissez-moi vous présenter mon compagnon.
Yu se crispe et se retourne aussitôt vers lui, choqué. « Il est pourtant marié, non ? » Magnifique, Camille les rejoint et lui tend la main.
— Bonjour, je suis Camille Dumons.
Il a bien sûr entendu des rumeurs sur l’Occidental que le clan a embauché une dizaine d’années plus tôt. Un homme d’affaires redoutable, nettoyant avec art l’argent du clan, presque élevé au rang de second bras droit de l’oyabun, mais surtout proche incontestable du Grand Parrain actuel, Takahashi Rin.
— Ah… J’avais donc bien compris.
Il le salue et soupire, amusé.
— Je comprends mieux son état d’excitation, désigne-t-il Jérémy. Vous vous portez bien, pour un mort.
— Jérémy également, le tacle-t-il sans détour et soutenant son regard avec une aisance désarmante, à laquelle Yu n’est pas coutumier.
L’officier se force à sourire. Sa remarque était simplement humoristique, il ne s’énerve donc pas. Il l’observe de la tête aux pieds. Sa beauté est incontestable, et il émane de lui une assurance toute yakuza, dans ses traits européens. « Nul doute que je dois me méfier. » Sa conclusion est sans appel, il se fie toujours à son instinct. La réputation trouble du Français n’est pas à ignorer.
— Comme vous pouvez le voir, É… Pardon, Jérémy, se reprend-il, se porte à merveille.
— C’est ce dont nous voulions tous nous assurer. Comprenez que je ne peux tolérer que mon ami d’enfance soit l’esclave de qui que ce soit.
Yu montre les dents. Jérémy accourt aussitôt.
— Tout va bien, OK ? Je suis en pleine forme. Discutons-en, s’agite-t-il.
— Oui, je vous invite à prendre place sur les canapés, se manifeste Jun.
Yu et Jérémy obtempèrent, tandis que Jun susurre à Camille de mettre un peu d’eau dans son vin. Les yakuzas ont l’intention de récupérer Jérémy, de l’extirper de ses mains. Un affrontement frontal avec Yu n’apporterait rien de bon, pour personne.
Camille grogne puis s’écarte vers les canapés. Il attrape Jérémy par le bras et ils s’installent avec Samuel d’un côté. Ils se mettent à discuter.
— Irina, sers-nous.
La garde du corps de Camille s’exécute sur-le-champ et passe derrière le bar afin de préparer des boissons.
De l’autre côté, Jun, Laurent, Shun et Yu s’assoient.
— Laurent n’a un japonais ni un chinois très fluide. Cela vous dérange-t-il de poursuivre en anglais ? demande Jun à Yu.
— Non, bien sûr. Aucun problème.
— Il faut que vous sachiez que l’État français est au courant du fait que Jérémy est toujours en vie.
— Ah bon ? s’étonne sincèrement Yu. Nous nous rendons pourtant en France, de temps en temps.
— Leurs Services Secrets vous pistent, depuis bien avant Washington. Leur ambassadeur au Japon est entré en contact avec Samuel et Camille.
— Qu’attendez-vous de nous ? s’enquiert Yu.
Le nous perturbe Jun, bien qu’il ait déjà la puce à l’oreille, avec le comportement des deux visiteurs, juste avant.
— Tout d’abord nous assurer de sa condition. Après… je ne vous cache pas, que nous désirons que vous le libériez de ses obligations à votre service.
— La formulation est remarquable, ironise Yu. Laissez-moi vous en dire davantage. Il y a six ans, lors d’une descente punitive, afin de récupérer des biens volés à Luon, j’ai croisé le chemin de Jérémy. Il était au mauvais endroit, au mauvais moment. Rien de plus.
— Pourquoi ne pas l’avoir tué ? l’interroge Shun. C’est la question que tout le monde se pose ici.
— J’allais le faire, mais ses yeux me suppliaient de vivre. De plus, à l’époque, je manquais cruellement de distractions.
Ce dernier mot jette un froid sur l’assemblée. Jérémy roule des yeux. Les autres sont sidérés par la froideur de son récit.
— Je voulais m’amuser avec lui, et m’en débarrasser, une fois lassé.
— Et il est toujours là, constate Jun.
— Et votre relation ? ose Shun.
— Jérémy est mon favori.
— Certains l’appellent le chien, l’esclave blanc, précise Shun.
— Favori, comme… ? s’inquiète Camille.
— Comme à l’époque de la dernière dynastie. Chaque seigneur avait une favorite dans son harem. À la différence notable qu’il est mon unique partenaire, depuis que nous avons consommé.
Les convives entrevoient un peu mieux la réalité, bien qu’ils peinent à y croire.
— Personne d’autre ? demande confirmation Camille.
— Non, personne. Jérémy est une occupation à temps plein.
— La manière dont vous en parlez… m’horripile, avoue-t-il.
« Ne peut-il tout simplement pas dire qu’ils sont en couple ?! »
— Je m’en doute, mais vu que nous sommes tous ici aujourd’hui, autant mettre cartes sur table.
« Or de questions de dire que je l’aime devant tout le monde, alors que je ne lui ai jamais dit entre quatre yeux. En plus… je ne suis pas venu pour ça. »
— Vous n’avez aucune intention de le libérer, n’est-ce pas ? trépigne Camille.
— Libérer ? Libérer qui ? Moi ? hallucine Jérémy.
— Émy, tais-toi une minute.
Jérémy se renfrogne. « Pour quelle raison est-on réellement venus au Japon ?! »
— La vérité, c’est qu’il se passe… des choses, en ce moment. Bientôt, je ne serai plus en mesure de le protéger, comme je l’ai fait jusque-là.
— Jun ? demande son compagnon.
— La rumeur circule… selon laquelle Luon changera de Parrain, dans un avenir proche.
Jun tourne autour du pot. Il ne veut pas trop en dire, car il n’est pas censé être au courant. Takahashi lui a parlé du sujet, ainsi que Shun. C’est encore officieux.
— Puisque votre père est le prochain en lice, que craignez-vous vraiment ?
— La situation n’est pas aussi simple. Et je ne m’exprimerai pas davantage sur la question.
— Donc vous acceptez de libérer Jérémy ? demande Camille, plein d’espoir.
— Quoi ?! bondit ce dernier du canapé. C’est quoi, ces conneries ?! Yu ?!
Prostré, son compagnon refuse de croiser son regard, car il pourrait alors craquer. Il a déjà pris sa décision, il repartira sans son favori. « Une chance pareille ne se reproduira pas deux fois. D’autant plus, s’il s’agit de ses amis d’enfance. Je peux le confier à eux, sans crainte. »
De colère, Jérémy contourne la table basse et se plante devant lui.
— Explique-toi ! hurle-t-il.
— Jérémy, l’interpelle Samuel. Tu vas pouvoir retrouver ta vie d’homme libre. Ne t’a-t-il pas prévenu de la raison de votre visite aujourd’hui ?
Il se tourne vers lui, outré par ses propos.
— Bien sûr que non ! Et je m’y serai formellement opposé. Ne vous méprenez pas, ça me fait très plaisir de vous voir, mais…
— Qu’est-ce que tu racontes ?! s’agace Samuel.
— J’ignore ce que vous avez en tête, tous… Mais je vais être clair, je reste avec lui de mon plein gré ! Ça fait longtemps déjà ! Jérémy Garnier est mort et enterré depuis huit ans ! Et toi…
Il attrape Yu par le col, menaçant.
— Qu’as-tu à dire pour ta défense ?!
Son maître lève lentement les yeux vers lui, il se fait menaçant. L’orage gronde.
— On en a déjà parlé, Émy. Je préfère te savoir entouré de gens de confiance. Le jour viendra… Il se rapproche à grands pas.
— Oh… sourit-il narquoisement. C’est comme ça que tu veux te la jouer ? Genre grand maître magnanime ?
Yu le fusille du regard. Autour, les autres ne sont pas sûrs de comprendre.
— Je refuse !
Jérémy se tourne ensuite vers le reste de l’assemblée.
— Je ne quitterai pas cet homme, vous m’entendez. Il m’appartient !
Camille se lève à son tour, mains tendues en signe d’arrêt des hostilités.
— OK, OK, d’accord, on a compris. Et si tu venais voir nos enfants.
— Vos enfants ? répète Jérémy d’une petite voix.
Il baisse les bras. « Ils ont des enfants… » Sans le savoir, son ami d’enfance a appuyé là où le bât blesse.
— Allez, viens, l’entraîne Samuel par le bras. On leur a parlé de leur tonton Jérémy, ils ont hâte de te rencontrer.
Les trois Français finissent par quitter le bureau. Jérémy est sous le choc, c’en est trop pour lui.
Yu attrape son verre de Scotch sur la table basse et le vide cul sec. Les autres attendent sa réaction.
— Je voulais vous le confier. Qu’il soit en sécurité, le temps que je fasse ce que j’ai à faire. Mais… j’en suis incapable. Je ne suis pas prêt.
— Et lui non plus, ajoute Jun.
Yu acquiesce.
— Je ne sais pas dans quoi vous êtes embarqués, et qui s’avère plus dangereux que d’habitude, cependant… sachez que mon offre est permanente. Camille remuera ciel et terre pour Jérémy. Il n’est même pas dit qu’il renonce aujourd’hui. Il est persuadé que vous repartirez seul, Jin-san. Je ne comprends pas vraiment la nature des liens qui vous unissent, pourtant sachez que je suis le mieux placé pour connaître la difficulté d’avoir un compagnon masculin dans notre milieu.
— Ouais, pareil, lâche Shun avec son insouciance habituelle. De toute façon, c’est pas comme si on pouvait forcer Jérémy à rester.
— Quand je n’aurais plus d’autre choix, pour sa survie et la mienne…
— Ouais, ouais… ricane Shun. Appelez-moi, j’ai déjà une petite idée de l’endroit où l’envoyer.
Jun le fixe, perplexe.
— Tu ne penses tout de même pas… ?
— Si, si, cousin ! lui tape-t-il dans le dos. Ma mère serait ravie de l’accueillir à la maison ! Et si ça ne suffit pas, je connais un endroit complètement paumé dans l’outback qui pourrait le cacher et le protéger.
Yu fronce les sourcils. « Sa mère ? Qu’est-ce qu’il raconte ? »
— Personnellement, intervient Laurent, nous serions heureux nous aussi de le recevoir à la maison, avec Sam et Sarah.
Jun balaie sa proposition d’un revers de la main.
— C’est gentil, mais ce serait bien trop risqué. Des triades viendraient frapper à votre porte, s’ils le trouvaient. À la rigueur, l’idée de Shun est la meilleure. Oh, bon sang… Je dois vraiment être devenu dingue, pour avoir prononcé ces mots.
Laurent ricane et Shun s’agace.
— Tu peux pas être sympa avec moi, pour une fois ?

*  *  *

Deux heures plus tard

— Merci beaucoup, Tachibana-san.
Yu s’incline profondément devant celui-ci.
— Je compte sur vous, le moment venu.
— Vous pouvez, confirme aussitôt Jun. Contactez Shun et je mettrai tous les moyens en œuvre pour mener à bien la protection de Jérémy.
Sur le côté, près des voitures, Samuel, Camille et Jérémy partagent une dernière accolade. Ils ne se sont pas quittés, les dernières heures. Camille reste contrarié par la décision de Jérémy. C’est peine perdue, ce dernier ne fléchira pas. Ces retrouvailles de l’impossible marquent le trio, ému de partager de nouveaux souvenirs ensemble.
— Émy ! l’appelle Yu, juste avant de grimper dans le véhicule.
Le cœur lourd, Camille le voit partir, sans qu’il puisse le retenir.
— Cam, ça va ? murmure Samuel, alors que Jérémy rejoint son compagnon.
— Oui, c’est seulement… que je n’aime vraiment pas ce Jin. Je ne sais pas… Je ne doute pas de son attachement envers Jérémy. Mais pourquoi ne dit-il pas qu’il l’aime, lui aussi ?
— D’ailleurs, Jun a eu le courage de mettre les pieds dans le plat, dès son arrivée, je trouve son courage très impressionnant.
— Sauf que l’autre y a été insensible, t’as bien vu.
Il est abattu. Samuel entoure ses épaules d’un bras, rassurant.
— Oui, cet homme est décidément bien étrange.
— Je sens que je vais regretter de ne pas l’avoir forcé à le quitter. Je le regrette déjà, en fait.
Le convoi de voitures prend la direction de la sortie.
— Allez, viens, l’entraîne Samuel. Alors boire un verre bien corsé.
— Mon amour, lui susurre Jun.
Ce dernier prend la place de Samuel et tente de le réconforter.
— S’il lui arrive quoi que ce soit, je m’en voudrai jusqu’à la fin de ma vie.
— Jin a su le protéger, toutes ces années. Faisons-leur un peu confiance.
— Plus facile à dire qu’à faire, se plaint-il. Et dire qu’il vit avec ce monstre égocentrique depuis huit ans… !
— Tu te trompes sur une chose, mon amour.
— Quoi ? ronchonne-t-il.
— Jin est un haut gradé au sein de Luon, mais il est réputé n’avoir aucun maître. Cet homme ne se soumet à personne. La preuve en est, que c’est faux.
Camille lève les yeux vers lui, plein d’espoir.
— Tu crois ?
— Oui. Regarde, il a pris un risque énorme en venant ici. Il aurait sûrement des problèmes, si cela se savait. Et ce n’est pas lui qui a eu la décision finale, c’est ton ami d’enfance.
Il soupire de lassitude.
— Ne me donne pas de faux espoirs, pitié. Comme si cette bête pouvait s’être pliée devant Jérémy.
Jun n’ajoute rien. Il ne lui a pas confié que Jin prostituait occasionnellement son esclave. Après cette rencontre, il émet clairement des doutes à ce sujet, malgré l’insistance de Shun.
« Seul l’avenir… »
*  *  *

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