Dans la tempête 03A

Chapitre 03A : Été


           Nicolas descend enfin du train avec ses deux grosses valises. Il a voyagé une bonne partie de la nuit et le jour va bientôt se lever. Il regarde autour de lui sur les quais et trouve enfin son chéri, alors il lâche ses valises et lève les bras en l’air.
— Hé ho ! Seb !
Ce dernier se dirige aussitôt vers lui. Quand il l’a enfin rejoint, sans se soucier le moins du monde des gens autour de lui, Sébastien le prend dans ses bras, le soulève et l’embrasse passionnément.
— Ah, j’ai pas dormi de la nuit… Ça fait une heure que je suis là. J’en pouvais plus !
Nicolas est très ému lui aussi.
— Ce que tu m’as manqué…
Toujours ignorant du monde qui les entoure, Sébastien le repose sur le sol et prend une minute pour l’observer sous toutes les coutures. Nicolas a repris un peu de poids, son visage a repris des couleurs et ses traits sont détendus. Puis Sébastien passe sa main dans les cheveux de Nicolas.
— Ils ont encore poussé.
— Oui, mais je suis allé chez le coiffeur pour arranger un peu ma coupe.
S’il le pouvait, Sébastien lui ferait l’amour ici et maintenant.
— Je te plais ?
— Oh que oui… Bon, on y va ?
— On y va.
Sébastien attrape les valises et file aussitôt vers la sortie. Rapidement distancé, Nicolas a toutes les peines du monde à le suivre.
— Comment un type aussi imposant peut-il avancer aussi facilement au milieu de la foule avec mes deux énormes valises ? C’est un mystère…
Nicolas atteint à son tour la sortie et repère facilement le géant entre les voitures dans la rue. Il le rejoint et n’a que le temps de monter en voiture que Sébastien a déjà quitté la place de stationnement.
Au bout de vingt minutes, ils ont quitté la ville dans la vallée et font route vers la maison. Sébastien est concentré sur sa conduite et Nicolas peut donc profiter du paysage. Il est tellement heureux d’être là…
— On en a encore pour vingt, vingt-cinq minutes, alors si tu veux dormir un peu…
— Non, ça va aller, merci. Mais j’ai faim.
— Alors on fera un arrêt à la boulangerie, ok ?
Nicolas, accoudé contre la vitre, regarde ce paysage qu’il connait si bien. Il jette un coup d’œil à Sébastien. Tout lui semble différent maintenant. Inconsciemment, il lève la main et vient caresser la joue de Sébastien qui se laisse faire en souriant.
— Tu vas te reposer un peu et on discutera cet après-midi, d’accord ?
— Si tu veux.
Nicolas n’insiste pas, il a les yeux lourds et dormirait bien un peu. Le 4x4 vient de sortir de Valrause et Nicolas découvre pour la première fois le village en été. Sébastien se gare ensuite sur la place du village.
— Je reviens.
— Non, attends. Je viens avec toi.
Ils descendent de voiture. Sébastien se dirige aussitôt vers le buraliste. Ils entrent et Sébastien le présente à la propriétaire. Il prend le journal et paie en discutant avec tout le monde. Ils ressortent quand un homme vient à leur rencontre. Il s’agit du chef du restaurant du village qui demande alors à Sébastien une livraison de fromages. En dix secondes, l’affaire est réglée et l’homme s’éloigne déjà en les saluant. Nicolas n’en croit pas ses yeux. Il est pleinement réveillé désormais. Le couple va ensuite à la boulangerie où le même scénario se reproduit. Sébastien prend du pain, des viennoiseries et des gâteaux. Soudain le boulanger sort de l’arrière-salle et interpelle aussitôt Sébastien pour savoir s’il participera à la fête du village à la fin du mois. Ce que ce dernier confirme avant de saluer les artisans avec Nicolas sur ses talons. Déjà ils ont rejoint la voiture.
— Ils ont l’air tous bien sympas.
— En effet. Parce que tu vois… Quand mon grand-père est mort, un gros promoteur voulait acheter les terres pour en faire un immense village réservé à des millionnaires chinois. Et comme tout le monde dans le village était contre, quand ils ont appris que le petit-fils du vieux Gachet rachetait tout, y compris l’exploitation de la fromagerie, ils ont sauté de joie. Je n’ai donc eu aucun mal à m’installer. D’autant plus que j’ai développé la fromagerie et que les ventes ne cessent d’augmenter. Ce qui est bon aussi pour le village, parce que j’ai beaucoup de touristes qui viennent pendant les vacances. Et hors-saison, il y a beaucoup de gens du coin qui viennent directement acheter le fromage à la fromagerie.
— Oh je vois… Donc, en ce moment, vous êtes supers débordés ?
— Ouais, et puis… Mais je t’en ai déjà parlé… Avec la grossesse d’Isabelle ça devient difficile. Même si Thierry nous aide beaucoup pendant les vacances scolaires.
— C’est super qu’il soit prof. Avec les vacances et tout…
— Exactement. Je ne t’ai pas menti, tu vas devoir remonter tes manches parce que tu ne vas pas manquer de travail.
Nicolas se tourne vers Sébastien et lui adresse un grand sourire. Il est heureux. Soudain il se fige.
— Attends ! Ralentis !
— Pourquoi ?
Ils viennent de quitter le village et remonte la route étroite qui mène au plateau.
— Il y a des ravins ici ?
— Ben oui, mais tu le sais bien puisque le glissement de plaque t’y a emmené.
Nicolas blêmit.
— J’ai remonté une pente, pas un ravin… Si j’avais su…
— C’est vrai que, grâce à la neige qui s’y amasse en hiver, la pente est moins nette.
Sébastien arrête la voiture et ils descendent.
— Regarde, d’ici on voit bien. Le cours d’eau descend la montagne et s’insinue jusque dans la vallée.
Nicolas n’en croit pas ses yeux. D’où ils sont, il voit nettement le cours d’eau descendre abruptement en élargissant son cours deux-cents mètres plus bas.
— Toutes ces terres, du haut de la montagne jusqu’à l’entrée de la route à la lisière de la forêt sont à moi. Mais j’ai gardé l’accord que ma famille a avec le village. Ils entretiennent la route et la rivière. En échange je leur laisse la source et le moulin en contrebas qu’ils peuvent utiliser librement.
Nicolas regarde en aval. Il découvre ledit moulin.
— Ça a l’air immense. Il y a plusieurs bâtiments ?
— Il y a un point pour la source. Dix mètres plus bas, il y a le moulin et de l’autre côté de l’écluse, il y a le fournil.
— Le fournil ?
— Oui, tu sais, un four traditionnel au feu de bois.
— Et ils en font quoi ?
— La source est libre d’accès. Et le moulin est loué à un meunier.
— Tu veux dire qu’il fonctionne toujours.
— Oui, bien sûr. Et pour le fournil, c’est le boulanger du village qui s’en occupe.
— Waouh…
— D’après ce que j’en sais, ça marche plutôt bien. Ils font même visiter aux touristes. Et des écoles viennent régulièrement participer à des ateliers.
— Ah bon ?
— C’est bien pour le village. Et pour moi, c’est parfait. Parce que comme ça, ils sont entretenus et en prime, je n’ai pas à entretenir la route et les bas-côtés jusqu’au moulin. En fait, ça me dispense d’énormément de frais de maintenance.
Nicolas apprend décidément plein de choses ce matin.
— On y va ?
— Ouais.
Ils remontent en voiture.
— Il semblerait… Enfin d’après Isa… que nos ancêtres étaient de simples meuniers et qu’un jour, l’un d’entre eux en a eu marre. Alors il a construit le fournil. C’est vrai que c’est un peu atypique, parce normalement tout ça se trouve au centre d’un village et pas à l’écart de tout. Mais bon…
Sébastien se tourne vers Nicolas. Il a peur de l’ennuyer en lui racontant tout ça. Mais pas du tout. Nicolas l’écoute attentivement.
— Depuis quatre générations, ma famille élève des brebis. Et c’est mon grand-père qui a fondé la fromagerie après la guerre.
— C’est génial qu’ils aient pu préserver les terres aussi longtemps.
— Oh, mais ma famille en possédait bien plus avant… Alors après la mort de mon grand-père, quand tout a failli être partagé entre mon père et ses deux frère et sœur, je n’ai pas hésité et j’ai tout fait pour que ça n’arrive pas.
— Ben dis donc…
— Ça n’a pas été facile et je me suis disputé avec eux. Mais en fin de compte, j’ai pu racheter les parts de mon oncle et de ma tante. Et mon père a fait les papiers nécessaires pour que ses terrains me reviennent à son décès. Heureusement aussi que j’avais mis des sous de côté.
Nicolas n’en croit pas ses oreilles. Il veut lui poser d’autres questions quand ils arrivent devant le portail. Celui-ci marque la limite de la forêt et du plateau. Sébastien immobilise la voiture, descend et ouvre le portail. Il avance la voiture et vient refermer le portail. À ce moment-là, Nicolas tombe des nues. Le plateau lui semble alors deux fois plus grand que dans son souvenir. Il faut dire qu’à l’époque il était recouvert d’un manteau neigeux de deux mètres d’épaisseur. Or, devant lui se dresse une immense plaine verdoyante inondée de soleil, recouverte de fleurs sauvages. Seules les crêtes sont encore recouvertes de neige. Tous les arbres qui étaient recouverts de neige découvrent désormais une forêt dense et aux arbres immenses.
La voiture s’avance sur l’unique route droite et goudronnée qui s’offre à elle et Nicolas peut enfin voir au loin l’immense hangar avec, sur la gauche, le chalet à trois étages de Sébastien. Il regarde aussitôt à droite et découvre la maison d’Isabelle. Il y a un portique sur le côté, sur lequel la petite Élisa se balance.
— Le plateau est entouré de barrières électrifiées. Mais comme tu peux le voir, les animaux y évoluent librement.
Nicolas se redresse aussitôt dans la voiture. Au loin, il voit les deux juments galoper dans leur direction.
— C’est dingue !
Sébastien éclate de rire.
— Oui, c’est sûr que ça a changé depuis cet hiver… Et je suis sûr que tu vas adorer dormir à la belle étoile.
Nicolas a du mal à rester assis plus longtemps. Sa fatigue a disparu devant un tel spectacle. Heureusement, ils arrivent enfin devant la maison. Sébastien se gare et Nicolas saute de la voiture. Déjà les juments sont près de lui. Elles sont en sueur et hennissent pour que Nicolas les caresse. Ce qu’il fait avec plaisir. Puis il se tourne et lève le bras pour répondre à Élisa qui lui fait coucou au loin.
— Nico !
Sébastien est déjà en train de monter l’escalier, une valise dans chaque main. Alors Nicolas s’éloigne à regret des juments, monte quelques marches et regarde une dernière fois autour de lui comme pour imprimer dans sa tête cette image si magnifique, celle du jour où il vient s’installer pour vivre avec l’homme qu’il aime. Le soleil est enfin levé, il fait beau et chaud. Un petit vent frais souffle sur le plateau. Nicolas porte sa main au-dessus de ses yeux pour se protéger du soleil. Au bout d’une minute, il finit par monter l’escalier et entre chez lui.

*    *    *

           Les jours suivants, Nicolas s’habitue à sa nouvelle vie. Sébastien lui a préparé une chambre pour qu’il puisse y ranger ses affaires et il s’est mis au travail. Comme convenu, Sébastien lui a fait signer un contrat de travail et Nicolas a commencé à faire ses démarches administratives pour signaler son changement d’adresse. Il a aussi appelé ses parents et leur a donné ses nouvelles coordonnées. Face leur refus ferme dans cette histoire, Nicolas a préféré attendre d’être parti pour leur donner les coordonnées de Sébastien. Il avait trop peur qu’ils l’appellent et ne causent des problèmes inutiles. Nicolas n’a pas arrêté de se disputer avec sa mère jusqu’à la veille du départ, alors qu’il amenait ses dernières affaires chez ses parents pour les entreposer dans le fond de leur garage.
Dans le même genre, Héloïse est venue le voir la semaine précédente en le menaçant de révéler toute la vérité à ses parents. Comme ainsi qu’il a appris comment elle a appris la véritable nature de la relation de Nicolas et Sébastien. Il s’avère que le jour où Sébastien l’a raccompagné à Ste-Périgne, elle les a vus dans les bras l’un de l’autre et en train de s’embrasser dans la ruelle. Et quand elle a entendu sa conversation téléphonique le soir où ils sont allés au restaurant, elle a compris qu’elle n’avait plus aucune chance de se faire aimer de Nicolas. Il s’en est suivi une horrible dispute et Héloïse a utilisé toutes les menaces qu’elle avait sous le coude pour essayer de briser Nicolas. Ce dernier la connaissant depuis longtemps et comprenant son amertume, a préféré faire front. Pour lui, il était hors de question de céder à ce chantage infâme. Rien ne lui aurait fait renoncer à aller vivre avec l’homme qu’il aime.
Sébastien ne lui a pas menti : la ferme reçoit beaucoup de touristes en cette saison. Heureusement les animaux vivent à l’extérieur, ce qui limite le nettoyage et l’alimentation. Nicolas commence sa journée en s’occupant des juments. Il est aussi en charge d’aller au village chercher le journal et le pain. Ce qu’il fait à cheval, pour son plus grand bonheur. Ensuite il s’assure que tous les abreuvoirs sur le plateau soient pleins et propres. Sébastien lui a donc donné quelques cours de conduite de tracteur. Ensuite Nicolas va travailler à la fromagerie une fois que la traite est faite et que le lait arrive. Isabelle est en charge de la gestion des commandes et de la vente directe de produits, elle réceptionne les clients avec son ventre arrondi. Sébastien s’occupe des visites et des travaux pénibles. Thierry vient en renfort quand cela s’avère nécessaire. D’autant plus qu’il n’y a pas vraiment de jours de repos pendant les vacances d’été.
Le soir venu, Nicolas se couche éreinté auprès de son chéri qui s’amuse de le voir faire de son mieux pour s’acclimater à sa nouvelle vie.
           Une dizaine de jours passent ainsi. Un après-midi, une cliente arrive à la fromagerie. Elle remarque Nicolas devant le hangar et va directement vers lui.
— Bonjour !
Ce dernier lui tourne le dos parce qu’il est en train de passer un coup de jet d’eau. Alors il sursaute et se retourne pour se trouver face à face avec une magnifique femme dans la quarantaine.
— Bonjour. Puis-je vous aider ?
Elle le regarde avec un sourire en coin en le dévisageant de la tête aux pieds.
— Est-ce que Sébastien est là ?
— Sébastien… ?
Il n’a pas le temps de répondre que la femme avance sa main vers le visage de Nicolas. À quelques centimètres de son but, et sortant de nulle part, Sébastien l’intercepte en l’attrapant par le poignet.
— Nathalie…
Elle est surprise mais ne se laisse pas intimider, et se tourne vers lui d’un air séducteur.
— Seb, salut.
Nicolas ne le voit pas parce qu’il s’est interposé entre eux deux, mais Sébastien a l’air mauvais quand il lui répond sèchement.
— Salut.
Celle-ci ne se laisse pas intimider cette fois non plus, parce qu’elle le connait trop bien pour en avoir peur.
— Eh bien, eh bien. La rumeur dit qu’un beau jeune homme travaille pour toi. Alors je suis venue vérifier par moi-même… puisque tu ne me livres plus les fromages à domicile maintenant.
Surpris, Nicolas comprend immédiatement l’allusion. D’autant plus que cette magnifique rouquine est tout à fait le genre de Sébastien.
— Si c’est du fromage que tu veux, la boutique est derrière toi.
— Ne le prends pas sur ce ton-là, voyons... Après tout, j’ai besoin d’un remplaçant maintenant.
Nicolas s’agace et veut intervenir, mais Sébastien est plus rapide que lui.
— Il n’est pas disponible. Alors va voir ailleurs !
Elle retire de force son bras que Sébastien tenait encore fermement. Elle semble visiblement s’amuser de la situation.
— Oh, mais si tu es jaloux dès que j’approche un autre homme, il ne fallait pas me quitter.
À ce moment-là, Nicolas explose.
— Je regrette, il n’est pas disponible !
Comprenant soudain la situation et sa confusion, elle ouvre de grands yeux ronds avant de récupérer aussitôt son sang-froid. Elle fait un pas en arrière, les toisant tous les deux d’un air supérieur.
— Comment Dieu pourrait-il bien permettre ça ?
Les deux hommes accusent le coup en serrant les dents. Ils ne sont pas seuls et commencent à attirer l’attention des clients autour d’eux. Alors Sébastien la regarde d’un air menaçant et laisse siffler entre ses dents :
— Nathalie…
Celle-ci sursaute. Elle tient plus que tout à sa réputation de veuve pieuse avec deux enfants, qui est restée proche de sa belle-famille très fortunée. Elle tient plus que tout à garder son image publique de femme plus qu’honorable. Alors elle fait encore un pas en arrière en les toisant. Elle a enfin perdu son sourire. Elle a eu beaucoup d’amants dans sa vie mais aucun ne l’a repoussée pour devenir gay. Elle s’y attendait d’autant moins de la part d’un homme tel que Sébastien. La vérité c’est qu’elle se sent blessée en tant que femme et séductrice expérimentée. Cependant, elle se contient en défiant du regard Nicolas que Sébastien retient discrètement, un bras autour de son épaule.
— Eh bien, si les gens apprenait ça.
Sébastien ne se laisse pas intimider et lui renvoie aussitôt la menace.
— En effet, si les gens apprenaient ça… Les rumeurs circulent tellement vite.
Sébastien a fait mouche et s’en rend compte. Alors il lui dit en parlant un peu plus fort :
— Madame, laissez-moi vous accompagner à la fromagerie.
Il l’emmène aussitôt vers la boutique et Nicolas disparait dans le hangar. L’escarmouche est terminée et le drame évité.
Évidemment, le soir même, Nicolas demande des explications à Sébastien qui lui raconte alors sans détour ni mensonge la vérité sur son ancienne relation. Bien sûr, Nicolas se sent un peu jaloux, mais accuse le coup bravement, en espérant ne pas devoir côtoyer souvent cette femme qui lui a fait une fort mauvaise première impression.

*    *    *

           Quelques jours plus tard, c’est le 14 juillet. Alors Sébastien décide qu’ils passeront cette nuit-là à la belle étoile. Le village fait un grand feu d’artifice, et Sébastien a pris l’habitude de faire ça chaque année. Et comme cette année est un peu spéciale avec l’arrivée de Nicolas, Sébastien s’en fait une joie et prépare tout. Le soir venu, ils se rendent à cheval sur un coin isolé du plateau et Nicolas découvre alors un feu de camp avec une table de pique-nique et des couvertures pour passer la nuit.
— Le feu d’artifice commencera à 23h. D’ici là, nous avons le temps de dîner tranquillement.
Sébastien ponctue son propos en prenant Nicolas dans ses bras pour l’embrasser langoureusement. Celui-ci est ravi. Le travail a été plutôt intense depuis son arrivée, et il n’a pas vraiment eu le temps de se détendre. Le comprenant, Sébastien lui dit alors :
— Ce soir, je veux que tu te détendes. Tu te donnes à fond depuis que tu es là. C’est bien, mais… tu es trop sérieux. Ce n’est pas nécessaire de te mettre autant la pression.
Il l’embrasse sur le front et tire sur l’élastique qui retient les cheveux de Nicolas.
— Tu es très bien comme tu es. Tu n’as pas à faire tes preuves. Isa aussi est très contente de ton travail à la fromagerie.
Nicolas est ému. C’est ce qu’il avait besoin d’entendre. Ensuite Sébastien l’attire vers le feu et l’assoit sur les couvertures pliées.
— Laisse-moi deux secondes, le temps de nous servir un verre.
Nicolas est sur un petit nuage. Il tend ses mains vers le feu pour se les réchauffer en contemplant le ciel dont les étoiles commencent à apparaître. La nuit est presque tombée complètement.
— Tiens.
Nicolas lève le nez et attrape la coupe de Champagne tendue par son chéri.
— Une coupe de Champagne pour une veillée aux étoiles ? Tu ne trouves pas ça bizarre ?
— Pas du tout. On ne va quand même pas se la jouer ‘’Brodeback Mountain’’… Je nous ai préparé un repas raffiné pour une soirée super romantique…
Nicolas en rougit de plaisir.
— J’ai même ramené des chandelles.
Nicolas est sur le point de tomber dans les pommes, tellement il est heureux. 
— À nous !
Devant l’euphorie de Sébastien, Nicolas capitule.
— À nous !
Ils boivent une coupe tranquillement assis devant le feu, dans les bras l’un de l’autre. Ils discutent de tout et de rien en se laissant lentement griser par le Champagne. Ils ont presque bu la bouteille quand ils se décident enfin à passer à table. Ils s’installent l’un en face de l’autre sur la grande table en bois et Sébastien sert les assiettes.
— Ah, en effet, tu nous as préparé un dîner royal.
— Oui, j’ai eu un peu de temps cet après-midi…
Sébastien a préparé du foie gras, de fines tranches de jambon sec du pays, du melon, des tomates-mozzarella. Nicolas s’en amuse.
— Heureusement que tu as un grand panier…
Sébastien se contente de lui sourire. Ils peuvent enfin commencer à manger. Pour Nicolas, l’ambiance est surréaliste. À leur droite, la haute forêt se dresse et à leur gauche ils ont une vue magnifique sur la vallée en suivant la rivière. En effet, le cours d’eau n’est qu’à quelques mètres. En plus, Nicolas n’a pas l’habitude d’être chouchouté de cette manière, c’est la première fois. Il n’a jamais été du genre romantique mais sent bien qu’il le devient au contact de son chéri qui ne cesse de le couvrir de son amour.
Comme promis, le repas est raffiné et copieux. Sébastien est un fin gourmet et un gros mangeur. Et Nicolas profite pleinement de ces deux qualités. Il sait qu’en seulement deux semaines, il a déjà pris quelques kilos et développé du muscle en travaillant à la ferme. Après le dessert, Sébastien installe correctement les couvertures et ils s’allongent près du feu sur un endroit pentu. Ils boivent encore du Champagne en flirtant comme des nouveaux mariés. On n’entend plus que leurs voix chuchotantes avec le feu de camp qui crépite et les grillons qui chantent au rythme du vent alpin. C’est une première pour Nicolas qui découvre alors la vie nocturne du plateau. Et il a bien l’impression d’être au paradis avec l’homme qu’il aime.
— Tu n’as pas froid ?
— Non, c’est parfait.
Il faut dire que Sébastien a fait un feu immense. Ce dernier lui retire alors sa coupe des mains et la pose un peu plus loin. Il se penche ensuite sur lui pour l’embrasser du bout des lèvres.
— Je ne sais pas si c’est à cause de tout ce Champagne, mais je me sens super bien.
Sébastien se retient de rire. Il réalise que Nicolas est un peu saoul.
— Mince, j’aurais préféré que tu t’enivres de moi…
— Oh, mais c’est grâce à toi.
Nicolas s’accroche au cou de Sébastien et l’embrasse passionnément.
— Je suis tellement bien avec toi.
— Oui, Nico… Moi aussi je suis très heureux.
Sébastien se relève un peu, Nicolas a chaud et ce n’est peut-être pas à cause de l’alcool. Alors il passe sa main sous son t-shirt et commence à le caresser.
— Haa !
Il n’y a plus de doute possible. Cependant Sébastien comptait attendre la fin du feu d’artifice pour lui faire l’amour. Nicolas ne cessera jamais de le surprendre. Alors il l’attire contre lui et passe son autre main dans son pantalon pour agripper fermement les fesses de Nicolas qui pousse aussitôt des petits cris impudiques.
— Han ! Ha…
‘’Nom de Dieu !!!’’
Nicolas se laisse faire passivement en se mettant un doigt dans la bouche.
— Han ! Seb…
Celui-ci lui enlève vite son t-shirt et commence à le lécher, à le suçoter partout, ce qui ne fait que redoubler les gémissements de Nicolas. Au bout de dix minutes, Sébastien se redresse légèrement et l’observe. Ces deux dernières semaines, il a pris du muscle et sa peau a pris une belle couleur cuivrée, faisant ressortir ses magnifiques yeux bleus.
— Seb…. ?
Le ton suppliant de Nicolas le ramène à la réalité.
— Oui… Qu’est-ce que tu veux ?
— S-Suce-moi ! Suce-moi…
Le cœur de Sébastien vient de faire un bond dans sa poitrine. Il ne se le fait pas dire deux fois. Il déshabille complètement Nicolas et lui écarte les jambes. Il commence sa fellation et Nicolas lui agrippe aussitôt la tête entre les mains en recommençant à gémir de plus belle. Son corps se crispe au moindre coup de langue de Sébastien qui l’observe attentivement.
‘’Il le fait exprès pour me rendre fou ou quoi ?’’
Soudain Nicolas lui relâche la tête et vient se caresser les tétons qui pointent de manière indécente. Des larmes de plaisir lui coulent des yeux. Ce manque de pudeur finit d’achever Sébastien qui a hâte de le pénétrer. Il lui écarte les jambes en grand et commence à le soulever par les fesses tout en continuant sa fellation. Voir ainsi son petit chéri remuer des hanches anéantit ses dernières résistances, Sébastien ouvre son pantalon pour sortir son membre dur et douloureux.
— Seb !
Nicolas est sur le point d’atteindre l’orgasme, alors Sébastien accélère le rythme et la jouissance arrive sans tarder. Sébastien recueille tout le sperme dans sa bouche avant de relâcher le pénis de Nicolas qui est alors pantelant et tremblant devant lui. Il recrache dans sa main la semence et commence aussitôt à caresser avec, l’anus de Nicolas qui ne demande que ça. Sébastien l’allonge ensuite sur le ventre pour poursuivre ses caresses. Nicolas se contente de l’observer du coin de l’œil, dans l’attente de la pénétration promise.
— Tu es tellement beau…
Nicolas, agrippé à la couverture, remue ses petites fesses sur les doigts de Sébastien. N’y tenant plus, il retire ses doigts et se dépêche de mettre une capote. Il râle alors intérieurement en se disant que bientôt ils n’auront plus à en mettre. Ils ont en effet fait une prise de sang. Et dès qu’ils auront le résultat, Sébastien se fera un plaisir de se débarrasser de toutes ses capotes.
— Allonge-toi.
Sébastien l’allonge à plat ventre, jambes serrées. Il lui soulève un peu les fesses et se couche sur lui en le pénétrant lentement. La pente douce sur laquelle ils sont couchés offre aussitôt une sensation nouvelle à leur position sexuelle. Sébastien prend appui sur un coude et commence à aller et venir à l’intérieur de Nicolas. Il observe alors avec attention la pénétration. La sensation de cette position est surprenante et très agréable.
— Essaie de retenir un peu ta voix… On ne sait jamais.
Aussitôt Nicolas mord le bord de la couverture. D’habitude il aurait râlé, mettant en doute le bienfondé de la demande de Sébastien. Mais pas cette fois-ci. Décidément il est bien docile ce soir. Un sourire en coin se dessine alors sur la bouche de Sébastien. Parce qu’il sait que Nicolas éprouve encore plus de plaisir quand il doit se retenir de gémir… De sa main libre, Sébastien vient caresser le dos bronzé et satiné de Nicolas. Il est encore plus beau, éclairé par les flammes dansantes du feu. Ensuite Sébastien accélère le mouvement et Nicolas fait alors de son mieux pour retenir ses gémissements quand il se rend compte des bruits indécents émis par leurs deux corps qui se claquent en cadence, il en est encore plus excité. Sébastien baisse les yeux vers lui, il pleure maintenant à chaudes larmes. Alors il enlève la couverture de sa bouche.
— Vas-y… Fais-moi entendre ta belle voix, mon amour…
Il accélère encore et Nicolas se met à gémir bruyamment, ses petits cris remplissant le petit coin de nature où ils se trouvent. Se rendant compte de l’écho fantastique de cet endroit et de son manque de pudeur, Nicolas est tellement gêné qu’il en est encore plus excité. Sébastien sent alors son anus se contracter autour de sa verge.
— Haa ! Nico !
C’en est trop pour Sébastien. C’est douloureux mais ça lui procure aussi énormément de plaisir.
— Nico… Je vais jouir !
À peine le temps de le dire que Sébastien atteint un orgasme puissant et libérateur. Et Nicolas n’a que le temps de mettre sa main sur son sexe, qu’il jouit à son tour. Épuisés et haletants, Sébastien se laisse tomber et s’allonge sur Nicolas tout en restant en lui. Il leur faut ensuite un certain temps pour reprendre leurs esprits.
Après, Sébastien roule sur le côté en se retirant de Nicolas.
— Est-ce que tu as froid ?
Sébastien passe la main sur le dos de Nicolas.
— N-Non… T’aurais pas un mouchoir ?
Sébastien retourne Nicolas et lui prend la main contenant le sperme qu’il vient de recueillir. Il la porte à sa bouche et lèche aussitôt le nectar récolté. Ensuite Nicolas se tourne et vient se lover contre lui amoureusement. Sébastien attrape alors une couverture et vient le recouvrir. Il repousse gentiment ses cheveux en arrière et observe Nicolas qui a posé sa tête sur son bras. Il essuie les larmes sur son visage du revers de la main. Quand Nicolas va mieux, il relève aussitôt la tête pour lui adresser un sourire.
— Nico, je t’aime.
— Moi aussi je t’aime.
Nicolas se colle un peu plus contre lui. Sébastien réalise alors qu’il n’a jamais autant dit ces mots de toute sa vie. Ses ex lui reprochaient toutes de ne jamais les dire. Aujourd’hui, il comprend pourquoi. Parce qu’il ne se force pas à les dire à Nicolas, ces mots sortent tous seuls. C’est tellement naturel avec lui. Alors il le serre fort dans ses grands bras de géant. Soudain, il sent une main baladeuse.
— Qu’est-ce que tu fais ?
— J’enlève la capote.
Nicolas l’ôte, lui fait un nœud et la jette dans le feu.
— Sayonara, petits spermatozoïdes !
Aussitôt Sébastien éclate de rire et Nicolas en fait autant.
— T’es vraiment trop mignon…
En réponse, Nicolas se contente de lui pincer les fesses.
— Une fois, on se fera une partie de foot, de basket ou de tennis. Et on verra bien si tu me trouves toujours aussi mignon quand je t’aurais botté le coup…
Sébastien rigole encore plus fort.
— Ah ah ah ! J’ai pas dit que t’étais pas viril… Loin de là… Mais j’aime aussi le Nicolas qui se blottit contre moi, comme ça…

Sébastien le serre à nouveau dans ses bras, les yeux plongés dans son regard de glace. Il décroise ensuite les bras et vient prendre en mains les fesses de son petit chéri.